Chose promise, chose due ! J'avais émis l'idée dans un précédent article de clouer au pilori les gargotiers qui oseraient mettre à mal notre réputation de capitale gastronomique. J'ouvre le bal ce jour avec un établissement qui a cumulé les mauvais points dans tous les domaines avec l'ambition secrète, sans doute, de figurer dans un de mes papiers incendiaires. En ce sens j'avouerais qu'il a réussi mais j'aurais au combien préféré qu'il nous donne satisfaction sur la nourriture et le service... Pour cela ce fut une toute autre histoire.
Je vais vous décrire chronologiquement les joyeusetés auxquels, mes comparses et moi-même, nous avons été, contre notre gré, confrontés.
Les ennuis ont commencé au moment même de la réservation au téléphone. J'avais sélectionné ce resto en raison d'une alléchante formule "pierrade à volonté" de plusieurs viandes, poissons et légumes. Il s'agit, vous en conviendrez, d'un concept aguichant pour nos estomacs rarement rassasiés mais également pour nos porte-monnaie (eh oui il est invariable !) car le tout n'excédait pas les 20€.
Une fois le lieu choisi, j'ai voulu réserver une table de 4 pour le soir même n'ayant pas d'impératif d'horaire pour nous restaurer. Quelle fut ma surprise devant l'embarras de mon interlocuteur pour nous trouver un créneau alors que l'établissement n'affichait pas complet. A croire qu'il faut arriver avec des desiderata (forme uniquement plurielle) plus que précis pour que monsieur comprenne ce qu'il doit faire. L'initiative et l'efficience étant en option sur le modèle "garçon de salle efféminé débordé", j'ai du m'en remettre à passer à l'heure de notre repas directement au restaurant pour qu'on nous indique une table de libre !
Le commun des mortels se serait déjà renfrogné face à une soirée aussi mal engagée mais il en faut plus pour décourager une zitoune appâtée par la promesse d'un festin carnivore !
Arrivés sur place nous fûmes donc mis en présence d'un "Renato mauresque", vraisemblablement celui du téléphone, qui nous indiqua qu'il n'avait aucune table pour le moment à nous donner. Avec beaucoup de courtoisie on désigna une table de 4 qui n'était pas occupée mais notre Steevy persista dans sa stupidité.
En effet il nous appris que seulement les quelques tables du fond étaient utilisées pour les pierrades (?!) et donc pas une seule n'était libre. Devant l'obstination de ce Fogiel à vouloir nous faire consommer un menu sûrement plus rentable ou plus pratique pour lui, nous avons décidé de repasser dans un petit moment, qu'il estima à 20 minutes, pour que la table se libère et que l'on déguste ce pourquoi nous nous sommes déplacés : la pierrade. Le type n'étant pas très enclin à nous faire consommer notre apéritif sur place, aussi bizarre que cela puisse paraître, nous sommes allés dans un pub juste à côté et sommes revenus pour enfin manger.
La soirée chaotique continuait car, devinez quoi, après une bonne demi-heure les clients présents autour des pierrades n'avaient pas l'air d'en finir avec leur repas. On décida quand même de reprendre un apéro mais sur place cette fois, tout en guettant le moindre mouvement venant de la table si longuement convoîtée ! Entre temps une table à pierrade de deux personnes s'étant tout d'un coup rendue disponible, j'ai fait part à une serveuse de la possiblité de faire installer l'appareil à l'endroit où nous étions établis même s'il ne s'agissait pas de l'emplacement habituel (avec l'attente nous méritions bien ça !). Cette jeune fille bien dévouée revint, après avoir obtenu l'autorisation de sa direction, nous dresser notre table. Nous étions en train de vaincre le signe indien, enfin nous allions satisfaire nos appétits voraces !!!
Et bien c'était sans compter l'intervention de notre trop fameux garçon de salle Vincent McDoom qui d'un signe de la tête ruina nos espoirs de ripaille. Il nous avait dans le viseur et frustré de pulsions sexuelles non assouvies à notre endroit, il avait définitivement décidé de nous gâcher notre repas.
Deux solutions se posaient à nous : partir ou rester.
Et parce que l'être humain a une part de masochisme en lui : nous sommes restés !
La vraie raison, en fait, était que nous étions attendus en discothèque et l'heure avançant dangereusement c'est la sagesse, malgré la colère bien présente, et la faim aussi qui nous influa de commander autre chose, de manger et de partir aussitôt de cet endroit maudit.
La bonne nouvelle, à ce moment là, c'est que nous n'avons plus eu affaire au Queers berbère mais la mauvaise c'est que l'infamie a continué dans nos assiettes !
Petit florilège : magret de canard minuscule et trop cuit, fricassée de boeuf et de veau à la tomate que le maître-tambouille a eu le génie funeste de rendre semblable à une charpie de thon à la catalane (viande plus que sèche et tomate écoeurement acide) que même Saupiquet refuserait de commercialiser. Nous avons eu droit à un gratin dauphinois en accompagnement qui est à lui tout seul le résumé de l'incapacité du cuisto à réaliser un plat commestible. Quand leur cuisine se met au diapason du service en salle, voilà qui est mauvais signe pour nos papilles et nos estomacs. Pour en revenir au gratin, j'ai eu la surprise de constater qu'on pouvait trouver dans la même portion des pommes de terres trop cuites et collantes mais également certaines pas assez cuites et revêtant la consistance d'un morceau de plastique, l'ensemble formant une gaude insipide.
Tout cela est véridique !
J'en ai déduit qu'il s'agissait quand même d'une performance : rendre aussi infecte, quand c'est son métier, un plat basique maîtrisé par la majorité des ménagères de ce pays, cela relevait du prodige !
Après toutes ces mésaventures vous comprendrez la hargne dont j'ai pu faire preuve pour vous rédiger ces quelques lignes. Mais le combat continue et pour ce faire j'invite tous mes lecteurs à venir dévorer des pierrades en quantité déraisonnable, cela ayant pour but de faire chuter la rentabilité d'un tel système et ainsi de ruiner cette entreprise d'escrocs culinaires... Car attirer le chaland gastronome avec une formule appétissante et le conduire une fois sur place sur autre chose de plus facile à servir et moins coûteux pour la maison, c'est un procédé particulièrement excédant !
Amis boustifailleurs, gloutons, morfals et autre goinfres, à vos fourchettes !