J'en parlais dans mon précédent post il sera question aujourd'hui de musique et de rap en
particulier.
Profitant du passage à Lyon d'un artiste que j'apprécie et que je voulais connaître davantage, je me suis organisé en ce vendredi illuminé une petite soirée concert. Un coup de fil aux bonnes
personnes pour se voir offrir deux invitations (merci Eva) pour ce show-case, un autre pour prévenir la frangine toujours partante pour des aventures "night on the city" et le tour était joué.
L'artiste en question est James Deano. Ce terme "artiste" concernant Olivier Nardino (c'est son vrai nom !) n'est en aucun cas usurpé tant le personnage est riche : à la fois rappeur,
showman façon stand-up, slameur, chanteur...
Ses textes sont à n'en point douter dans le registre de l'autodérision comme les individus issus du plat pays savent naturellement le faire, le tout teinté d'un mélange de positivisme naïf et
touchant. J'utilise le terme "naïf" non pas d'un point de vue critique mais pour souligner le fait que James Deano a une écriture lucide mais un regard tendre sur la vie.
C'est dans mon analyse une qualité car combien d'artistes suffisants comme ce n'est pas permis s'octroient le droit de conceptualiser la douleur de notre époque et pointer pompeusement ses
travers sans détenir plus la vérité que quiconque.
Pour moi le rôle premier d'un musicien, d'un peintre, d'un chorégraphe, d'un réalisateur de film mais également d'un rappeur c'est d'émouvoir et de provoquer. Pas dans le sens figuré du terme,
j'entends par là susciter : la réflexion, l'action...
C'est pourquoi au-delà du côté divertissant, cathartique tout à fait nécessaire à une oeuvre il y a à mon sens quelque chose de plus intéressant qui vient s'y ajouter. Il s'agit de ce que nous en
tant que public nous allons retenir de celle-ci. Quelle issue, quelle suite donnée à notre perception ?
Prenons par exemple la chanson "les blancs de savent pas danser". Il y a deux lectures à faire : d'une part celle qui consiste à trouver marrante et bien faite la satire sur le ridicule et
d'autre part celle qui annihile toute idée d'opposition noirs-blancs. En effet les premières réactions que j'ai entendu à propos de ce titre étaient : il s'agit d'albophobie (racisme anti-blanc).
Alors qu'à bien écouter la chanson, ce sont justement les jugements de valeur liés à la race qui sont totalement tournés en dérision...
En parlant de jugement de valeur, James Deano cultive plusieurs paradoxes pour le milieu totalement fermé et intolérant qu'est le milieu du rap français.
En effet James vient de Belgique, pratique un rap intelligent mais volontairement porté vers l'humour, est issu de la classe moyenne et est, pour couronner le tout, fils d'un commissaire de
police ! Voilà qui fait beaucoup trop pour les esprits complètement étriqués de ce microcosme nombrilliste qu'est le milieu hip-hop francophone.
Et pourtant ce garçon-là possède un charisme, une écriture et un sens rythmique que beaucoup de malheureux rappeurs français même en haut de l'affiche feraient bien de lui envier ! De toute façon
c'est James Deano qui offre la meilleure métaphore pour résumer cela : "Venir faire du rap comique en France quand on est belge et fils de flic, c'est comme jouer à la roulette russe avec 5
balles dans le barillet."
A l'issue donc de ce concert privé où l'artiste a fait constamment participer le public,
il en ressort que le spectacle est total et surtout très agréable.
Nous avons rejoins James et ces acolytes dans la loge pour discuter un peu et c'est un gars excessivement humble, sympathique et très ouvert qui nous accordé de l'attention.
Le temps d'une photo et d'une petite vanne de ma part au sujet de son clash avec Akro (que je lui reprochais d'avoir épargné !) et nous voilà quittant le Sirius (la péniche café-concert
qui abritait le show) dans la nuit lyonnaise étoilée.
Revenons-en aux clichés du rap en france parce que le sujet m'irrite au plus haut point. Je constate que pour la grande majorité de ces nouveaux censeurs musicaux le point commun est
l'intolérance, elle-même très souvent accompagnée d'ignorance.
En effet ces individus haranguent les foules à base de messages fustigeant la discrimination et le racisme. Pourquoi ne devrions ne pas trouver Hip-hop un type qui a l'originalité de ne pas
aborder les même thèmes récurrents (violence, quartier défavorisé...) sur une sempiternelle boucle de violon? Devrions-nous rejeter quelqu'un à cause du métier de son père ? Pensez-vous que ces
rappeurs nouveaux riches sont-ils toujours crédibles pour parler de misère ? Certainement non.
L'important c'est d'avoir quelque chose à dire et de bien le dire : le fond et la forme. Et c'est à ce moment là, les conditions étant réunis que la production a des
chances de plaire au plus grand nombre. Car se voir coller l'étiquette de "commercial" parce qu'on est populaire, c'est de l'hypocrisie pure voir même dans certains cas de la démagogie car
je n'imagine pas un chanteur sortir un disque pour ne pas le vendre.
Certains répondront qu'il y a une différence à aspirer au succès et créer pour cela. je répondrais à ces gens là que l'artiste qui a trouver la recette pour vendre de la merde à une quantité
très importante de personnes sans que celles-ci ne s'en plaignent mais au contraire le plébiscitent, alors cet artiste-là mérite d'être riche !
Et enfin pour prouver que Zitoune sait sortir des sentiers battus, voici en guise de protestation envers tous les ayatollahs rapologiques qui pensent qu'un rappeur doit être black, venir de L.A.
ou du 93, deux sons que j'adore : du rap allemand B-Tight et du rap gitan 25G avec Seth Gueko. Les ornières des prejugés sont profondes mais la qualité musicale n'a pas d'oeil et ne connaît
pas les frontières !